Werdok dans l'Isoloir

Un blog de gauche

19 mars 2007

L'environnement dans la campagne

Maintenant que Nicolas Hulot est reparti dans son ULM, l'enviromment semble avoir pris une place dans la campagne. Suivant les aléas, il se situe en dernière position derrière le changement de mode de scrutin ou bien en avant dernière juste devant la place des sportifs de haut niveau dans la société. J'exagère un peu, mais force est de constater que les principaux débats qui pourraient avoir lieu ne sont guère présents. Devra t on attendre l'arrivée éventuelle de José Bové pour parler des OGM? Le ralliement de Lepage à Bayrou est il le prélude à une "écologisation" du candidat de l'UDF ou est il le chant du cygne de l'écologie de droite? Sarkozy sait il qu'au delà de la région parisienne, il y a des problèmes locaux d'environnement? Que faire face aux menaces sur l'agriculture biologique?

Le signe le plus marquant ces derniers temps est le ralliement effectif de Lepage à Bayrou et celui à venir de Waechter au même candidat. Ce n'est pas tant le poids électoral respectif des deux ex-candidats écologistes qui crée l'événement. Mais plutôt l'interrogation "Aurais je raté quelque chose dans le programme de Bayrou à propos de l'environnement? Serait il plus environnementaliste que Royal?". La dépêche annonçant le probable ralliement de Waechter précise que d'après celui ci, le nucléaire serait non négociable pour Bayrou. Bref, que ces deux écologistes mettent dans leur poche toute remarque sur le nucléaire...

Allons plus loin, dans le programme de Bayrou (enfin, les propositions qu'on trouve sur internet...) pour voir un peu ce qu'il nous dit sur l'environnement.

Le titre dit tout : « Un modèle de développement plus sobre, c’est un modèle du vivre mieux. »
Enfin, pas grand'chose finalement... Bon, mais je mets de l'espoir dans ce qui suit.

La menace climatique pèse. La rareté de l’énergie signifie un risque immédiat de crash pour nos sociétés démocratiques. La réponse doit être à l'échelle européenne et à long terme, ce qui demande un plan national trans-partisan. François Bayrou, après avoir présenté un tel plan le 22 avril 2006, a signé le 25 novembre le Pacte écologique, par lequel Nicolas Hulot venait de proposer la même démarche.

Une introduction péchue. Le menace climatique, les risques énergétiques. Bien. Relance par l'Europe et plan trans-partisan (tiens donc, comme par hasard). Et hop, on récupère Hulot en passant, en montrant que celui ci n'est qu'un suiviste d'un François bien plus visionnaire! Allons plus loin pour voir ce qu'il propose dans son plan national.

Développement durable et écologie sont à l’évidence des sujets sur lesquels il faut s’accorder sur les grandes orientations, pour que l’Etat agisse de façon cohérente sur le long terme.

Bien, alors accordons nous. Personnellement, tant que la droite libérale n'aura pas compris l'urgence, je ne pense pas qu'on puisse aller très loin. Je pense que ce sont les citoyens qui feront changer. Mais il faut les y aider. Les éduquer, oui, mais aussi les inciter à mieux consommer, à mieux économiser. Je ne sais pas si une mandature est suffisante, mais dans l'idée, je pense qu'en 5 ans, on peut changer beaucoup de choses dans l'esprit des gens.

Economiser l’énergie : nous disposons là d’un grand "gisement" d’énergie à bas coût. La première clé est d’expliquer pourquoi c’est indispensable, par les media et l’école. Deuxième clé - moins idéaliste ! – il faut qu’il soit plus cher de polluer que de ne pas polluer. Une fiscalité écologique est absolument nécessaire.

On revient sur l'idée d'éducation. Je ne vois pas en quoi ce soit idéaliste. Je suis sûr que la majorité des français y est prêt. Que ce soit sur la récupération des eaux de pluie, le tri sélectif voire le compostage, des exemples concrets montrent que chacun est prêt à agir rapidement à son niveau. En ce qui concerne la fiscalité écologique, je suis d'accord avec le principe de base, mais qu'est ce que cela signifie? Comment fait il?

Planifier à long terme une régulation du prix des énergies fossiles, qui pousse chacun d’entre nous à programmer dans le temps ses économies. C’est l’idée poussée par Jean-Marc Jancovici. Il faut que chacun sache ce que coûtera le carburant, le gaz, à 15 ans, pour qu’il puisse programmer son équipement, son futur chauffage, ses panneaux solaires… On ne peut pas le faire du jour au lendemain - sinon c’est sur les pauvres qu’on tape.

Déjà que les experts ne sont pas d'accord sur les réserves à 10 ans, alors en ce qui concerne les prix, c'est d'une utopie extraordinaire. Qui aurait pu imaginer en 1970 que le prix du pétrole serait à ce niveau là 30 ans plus tard? Pas besoin de prévoir en revanche que le gaz ou le pétrole coutent plus chers (en termes généraux) que le soleil ou le vent... Alors, qu'est ce qu'on attend? On participe à une majorité qui supprime les crédits de l'ADEME, mais à part ça? Concrètement, que font les CG ou les CR UDF pour les aides au solaire par exemple?

Le plan pour une croissance sobre que je propose est assis sur trois piliers : se fixer des objectifs précis en matière d’énergies renouvelables, de biocarburants ; accroître fortement les crédits publics de recherche ; aider les pays émergents à trouver des voies de croissance énergétiquement sobres.

Les biocarburants, ça fait un peu écolo dépassé. Les écologistes qui ont étudié le problème ont bien compris que le biocarburant ne changera rien. Pire, il coute plus cher en impact écologique que les carburants classiques (à cause en particulier de l'intensitivité des cultures nécessaires). Et la surface complète (zones non cultivables comprises) de la France ne suffirait pas pour remplacer le pétrole par les biocarburantes. Les crédits de la recherche, il faudrait peut être les cibler sur les énergies renouvelables... sinon, ca ira tout chez Total ;) Enfin, pourquoi ne trouver des voies de croissance énergétiquement sobres que pour les pays émergents? Commençons déjà par les aider à développer les énergies pas chères chez eux (comme le solaire en Afrique par exemple)!!

Seule une politique européenne de l’énergie a les moyens d'induire ce changement de comportement et de s’adresser fortement à toute la planète.

Je ne sais pas si seule une politique européenne en a les moyens. Ce dont je suis sûr, c'est que si un pays comme la France, à qui il reste une part d'aura dans le monde, décide de s'engager fermement dans la voie de l'excellence environnementale, il y a d'autres pays qui suivront. Et il ne faut pas que le préalable "Europe" soit le prétexte à un enterrement de grande classe. Parce qu'aujourd'hui, penser que l'Europe actuelle est capable de définir une politique énergétique commune et écologique révèle de la stupidité.

Un plan national  viendra soutenir cette politique : dans le bâtiment, un renforcement des normes ; la réduction de la place de l’automobile dans les modes de transport, le développement du ferroutage (conteneurs et camions transportés par voie ferrée) pour le fret ; des seuils de consommation pour l'éclairage, et des normes énergétiques pour tous les appareils ménagers ; pour l’agriculture, la programmation d’une diminution de 500 000 tonnes des engrais azotés ; un plan pour les énergies renouvelables (technologies solaires).

Le plan national vient donc renforcer la politique européenne. Dans mon approche ci dessus, c'est plutôt l'inverse. C'est une question de point de vue, mais encore une fois, je doute de la capacité de l'Europe à se mobiliser là dessus... à 25...
Pour le détail, renforcement des normes du batiment. Bien, mais dans quel sens et quel objectif? Meilleure isolation? Utilisation de matériaux spécifiques? Réduction de la part automobile et développement du ferroutage. Bien aussi, mais comment qu'on fait? Pour l'agriculture, un premier objectif chiffré. La France consomme (d'après Wiki) 5M de tonnes d'engrais par an. C'est donc une baisse de 10%. A quel horizon? Et l'agriculture bio, on en fait quoi?

Je ne crois pas que la France puisse remplir ses engagements en matière de gaz à effets de serre sans le nucléaire. Il y a une zone de consensus possible entre pro et anti-nucléaires : l’obligation de transparence (avec publication des rapports) et la possibilité de saisine directe de l’instance de sécurité nucléaire par les associations, avec obligation de réponse.

Pour la première phrase, je suis assez d'accord... actuellement. Reste à savoir si on se contente de ce constat ou si on va plus loin pour l'avenir. Visiblement, les ralliements de Lepage et Waechter se font sans renoncement sur le nucléaire. Donc, on peut en déduire que ce que Bayrou propose, c'est la poursuite de la politique actuelle avec plus de transparence (si il avait annoncé moins de transparence, on aurait pu se faire du souci!!)

Dire la vérité sur la crise énergétique, c’est dire qu’il nous faudra changer notre modèle de développement. La crise de l’énergie et les défis climatiques doivent être une chance. La chance d’une vie différente, la création d’emplois non délocalisables. Dépenser moins d’énergie, c’est pour chaque foyer, du niveau de vie disponible pour vivre mieux.

Par contre, la conclusion ne me parait pas du tout en concordance avec le reste des propositions! Mon prof de français de lycée m'aurait mis une sale note si j'avais fait une telle conclusion sur un tel texte. Où sont les changements sur notre modèle de développement dans ce qu'il propose? J'ai simplement vu quelque chose sur les pays émergents, mais de notre coté, pas grand'chose. Pour la 2e partie, c'est du pompage de Ségolène. Autant dire que je suis d'accord :) Quant à la fin, c'est assez obscure pour moi. Sinon de dire à chacun que son intérêt n'est pas dans la sauvegarde de la planète, mais en premier lieu dans son portefeuille. Certes l'aspect financier est non négligeable, mais la sauvegarde de la vie sur terre mériterait, me semble-t-il, quelques investissements supplémentaires, non?

Globalement, le programme de Bayrou est une légère amélioration par rapport à ce que l'UMP et son alliée UDF n'ont pas fait durant les 5 dernières années. Reste à savoir le niveau de l'ambition de François Bayrou. Je noterai son programme "a minima". J'ai peur que cela ne soit pas suffisament pour infléchir l'usage global des français. Il me semble que l'urgence écologiste mériterait là aussi quelques ambitions que Bayrou, dans son centro-centrisme n'amène pas. Dommage...

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19 février 2007

Temps de parole

Le CSA a publié les statistiques de temps d'antenne des différents candidats déclarés sur la période 01 déc 2006 / 02 fév 2007. D'abord quelques rappels :

Le temps d'antenne est le temps où il est question d'un candidat dans les journaux et magazines des chaines concernés. Quel qu'en soit le contenu (en résumé, si une chaine parle pendant 1 minute de la grandeur du bilan de Sarkozy à l'intérieur et pendant 2 minutes de la bourditude de Ségolène, cela comptera 1 minute pour Sarko et 2 pour Ségo)

La période concernée est une période d'équité. C'est à dire que chaque candidat doit être exposé en fonction de son poids représentatif.

Je n'ai pris que les candidats qui représentent quelque chose. Soit parce qu'ils vont se présenter effectivement, soit parce que le poids de leur temps d'antenne peut influencer la campagne. Il est bien évident que les 11s de M.Ameline ne changeront pas la donne de la campagne. Je m'en excuse auprès de lui...

Quelques données générales :

Ce qui m'a surpris au premier abord, c'est que TF1 est loin, loin derrière, quasiment 4 fois plus faible que Canal + (période en clair). Autant dire rien vu la masse de production de la 1e chaine. Certes la période s'arrête avant les grandes émissions 'J'ai une question à vous poser' mais c'est quand même symptomatique de deux choses :

  1. Les sondages veulent encore moins dire que ce que je pensais si la chaine la plus regardée de France ne traite pas encore de l'élection
  2. Il y a sans doute un décalage énorme entre la campagne sur le Net et la campagne réelle. Entre la campagne active de ceux qui s'y intéressent et la campagne passive des citoyens qui attendent l'information.

tempstotal
Le Temps d'antenne global par chaine

Ensuite, quand on regarde chaine par chaine et moyennant le classement suivant (subjectif, forcément subjectif) :

Gauche non gouvernementale : Arlette LAGUILLER, Olivier BESANCENOT, José BOVÉ (qui ne s'est déclaré que le 1e février soit la veille de la fin de la période)
Gauche gouvernementale : Ségolène ROYAL, Dominique VOYNET
Centre Droit : Corinne LEPAGE, François BAYROU
Droite gouvernementale : Jacques CHIRAC, Dominique de VILLEPIN, Nicolas SARKOZY, Nicolas DUPONT-AIGNAN
Droite non gouvernementale : Philippe de VILLIERS, Jean Marie LE PEN

f2                     f3
France 2                                                                     France 3

canal    tf1   m6
Canal + (clair)                                           TF1                                               M6            

On constate plusieurs choses du premier regard :

1. La gauche sous représentée

Mis à part sur M6 et TF1 (c'est à dire les 2 plus faibles temps d'antenne, puisque la somme des 2 n'arrive même pas à la hauteur du 3e larron, c'est à dire C+), la Gauche (en s'arrêtant à Voynet) est largement déficitaire par rapport à la Droite. Le plus criant étant chez France 2, puisqu'il faut compter sur le chasseur et Lepage pour espérer arriver à 50%

2. Bayrou pas si isolé

Bayrou arrive en 3e position du temps de parole, loin devant Le Pen, qui est le vrai "déséquilibré" de la campagne au vu des derniers résultats (mais pas vis à vis de la représentation nationale qu'est l'Assemblée Nationale). Il est même dépassé par Voynet.
Surtout Bayrou a son plus grand taux, à savoir 11% (soit plus que sa candidature en 2002) sur... TF1. Amusant, non? Même si, encore une fois, on parle du temps d'antenne et pas du contenu.

3. Les extrèmes absentes sur France 3

Au contraire de Bayrou ou Voynet qui sont régulièrement évoqués, l'extrème droite et plus encore l'extrème gauche semblent absents du principal pourvoyeur de temps d'antenne. Choix éditorial ou hasard du calendrier?

Conclusion

En tout état de cause, vu la remarque sur le temps d'antenne sur TF1, cette période là n'est sans doute pas la plus cruciale. Celle qui arrive, le temps de l'équité juste avant le temps de l'égalité sera beaucoup plus intéressante... Juste pour voir si France 2 recommencera son numéro de fin novembre : juste avant l'entrée en vigueur de l'équité, elle avait offert 3h de direct à Sarkozy... sans compensation pour ses principaux rivaux...

Voilà un post bien utile pour dire que finalement, c'est complétement stupide comme étude

Posté par Werdok à 20:50 - François, José et Les autres - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Bayrou et le 1e ministre de gauche

Je vais essayer de faire de temps en temps une petite analyse comparative de quelques articles sur le même sujet. Aujourd'hui, premier à en faire les frais : François B. et son premier ministre de gauche.

Les Titres

Le Figaro : François Bayrou préfèrerait un premier ministre de gauche
Le Monde : François Bayrou pourrait choisir un premier ministre de gauche
NouvelObs.com : Le Premier ministre de Bayrou pourrait être de gauche
Libé : Bayrou pourrait choisir un Premier ministre de gauche

Déjà, un petit différentiel dans le titre. Le message passé par le Figaro est différent de celui des autres. Peut être une volonté de l'isoler un peu plus dans l'électorat de droite?

Ensuite les chapeaux :

«J'ai quelques noms à l'esprit», a assuré le candidat centriste dimanche soir sur France 3. Lundi, il évoque Borloo et Strauss-Kahn.
François Bayrou a confirmé, lundi 19 février, sur RMC et RFM, qu'il pourrait choisir un premier ministre de gauche s'il était élu à l'Elysée. Le candidat de l'UDF a précisé n'avoir engagé pour l'instant aucune démarche dans ce sens.
S'il est élu, le candidat UDF pourrait nommer un Premier ministre de gauche. Il a déjà "quelques noms à l'esprit".
Le candidat UDF drague ouvertement la gauche sociale-démocrate, en affirmant son «estime» pour Dominique Strauss-Kahn.

Là encore, pas mal de différence. Déjà, le Figaro atténue son titre en évoquant Borloo. Dans le Monde, il a confirmé y penser éventuellement. Dans le NouvelObs.com, la démarche est déjà plus avancée puisqu'il a quelques noms à l'esprit. Enfin, dans Libé, le but est clairement affiché et DSK ouvertement annoncé. Vraiment quatre niveaux d'informations différents à partir des mêmes déclarations dans les médias, dimanche soir et lundi matin!

Le contenu

Dans l'article du Figaro, on nous dit qu'il préfèrerait un 1e ministre de gauche à un de droite. Qu'il a quelques noms en tête et que ce ne sont que des noms de gauche mais qu'il n'y a pas d'obstacle à ce que ce soit un homme de droite. Il apporte quelques précisions lundi en sortant les noms de Borloo et DSK. Enfin, dernier point du chevalier blanc : il veut interdire laux groupes industriels travaillant avec l'Etat de controler des médias... (ne me demandez pas ce que cela à avoir avec le potage). Bref, haro sur Bayrou le méchant gauchiste. Y a que nous et Sarko qui sommes de droite.

Dans Le Monde, c'est un peu différent. Déjà, ce sont des personnalités de tous bords qui l'ont appelés pour redresser le pays.  On apprend ensuite que ce sont les journalistes qui lui ont demandé de s'exprimer sur Borloo et non lui même qui a spontanément sorti ce nom là. Idem pour DSK. Petit rappel sur le fait qu'il n'avait pas ,hier, de nom de 1e ministre de droite. Ensuite, repris du layus sur la recomposition politique. Enfin, une paragraphe de réactions de gauche qui rappellent la posture de Bayrou durant la législature et son positionnement historique à droite. Et un autre à propos de la réaction de MAM, qui n'imagine pas une cohabitation positive avec la gauche et pense qu'une grande coalition à l'allemande ne fonctionnerait pas longtemps. L'approche est différente, puisqu'on laisse entendre à des ralliements spontanés. Après, c'est Chevènement et Mam qui réagissent... comme pour enteriner que seuls les ringards n'y croient pas. Le Monde se rapproche-t-il de Bayrou?

Dans le nouvelobs.com, on rappelle que pour Bayrou, droite/gauche, c'est fini et qu'il n'a pas l'intention de donner de nom. On récupère les propos de FB à l'émission de hier soir. Puis, suit une accroche "Réduire le nombre de fonctionnaires",  et un paragraphe sur le contenu de ses propos d'hier reprenant ses pistes pour réduire le déficit en réduisant le nombre de fonctionnaires, revoir la décentralisation et opposer rigueur fiscale à bouclier fiscal. L'article le plus court. On tente de désamorcer l'effet d'annonce en contre-balançant avec la réduction du nombre de fonctionnaires...

Dans Libé, on reprend ses paroles de hier soir, en précisant que ce n'était pas une passade puisqu'il les a confirmé ce matin en donnant son estime pour DSK. On dévoile les dessous de l'affaire en précisant qu'il s'agit d'un lourd appel du pied à l'"lectorat de gauche. On revient sur son manque d'enthousiasme à nommer un 1e ministre de droite. Un petit apparté pour rappeler la prestation de DSK dans la grande émission politique du dimanche après midi (chez Drucker) où il n'a, semble-t-il, guère soutenu Ségolène. Puis on replace l'ouverture de FB vers la gauche dans le contexte plus global de la campagne est en particulier vis à vis des sondages qui montrent que FB a de plus en plus les faveurs de l'électorat, y compris PS, pour être au deuxième tour des présidentielles. Enfin, petit rappel historique sur les 3e forces et autres alliances trans-courants pour finir par une comparaison assassine avec ... JP Chevènement. On essaie de montrer les ficelles de la manoeuvre, on casse un peu du DSK pour réduire son influence et surtout on replace dans leurs divers contextes, les expériences de refondation du paysage politique... du moins, celles qui ont échouées...

Bilan

Ce n'est donc pas surprenant, mais les 4 articles sont quand même bigrement différents. Chacun essayant de placer l'information en perspective avec ses idées. Essayons de faire la synthèse pour bien comprendre

1. FB dit hier soir à France 3 qu'il est prêt à nommer un 1e ministre de gauche - lourd appel du pied à l'électorat de gauche qui n'est pas séduit par Ségolène. Mais il n'a pas de nom.
2. Sans doute, le journaliste rebondit et lui demande ce qu'il en est d'un 1e ministre de droite. Pour garder sa posture "de gauche", il casse un peu plus la majorité à laquelle il appartient.
3. Ce matin, les journalistes ont un peu digéré l'info. On lui demande de revenir sur ses propos pour les préciser et en particulier apporter des noms (parce qu'il n'y a que ça d'intéressant). On lui suggère donc DSK. Mais aussi Borloo qui est le seul premier ministrable de droite non rallié à Sarkozy.

Tout cela s'inscrit dans la stratégie 'chasse aux voix de gauche' entamée depuis quelques semaines par Bayrou. A continuer à ce rythme, il va finir à gauche de Buffet... Personnellement, je l'ai déjà dit ici, c'est une posture qui me parait difficile à tenir à long terme et qui, une fois que Ségolène aura fini par convaincre qu'elle est bien socialiste (les reproches au départ étaient plutôt sur son blairisme), risque de devenir difficile à tenir. A moins que des DSK n'arrivent pas à appliquer les règles qu'ils reprochaient à Fabius de ne pas tenir lors du référendum : respecter les choix démocratiques du parti auxquels ils appartiennent.

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01 février 2007

Les enfants perdus de la Gauche

Etre de gauche et voter Bayrou? En voilà une idée... relayée par les médias et les instituts de sondage, cette idée que Bayrou pourrait récupérer les voix des deçus de Ségolène... Pourquoi pas? Mais franchement, est ce bien sérieux de se dire de gauche et de voter Bayrou? Car, qui est Bayrou et quel est son projet?

Un acteur de l'actuelle majorité
Quoiqu'il en dise depuis quelques mois, l'UDF et Bayrou sont des acteurs de l'actuelle majorité. En effet, lors des Législatives de 2002, ils étaient clairement identifiés comme dans le camp de l'UMP et ont bénéficié des reports de voix et des accords électoraux avec l'UMP. Bref, les élus UDF sont avant tout des alliés naturels de l'UMP. Au sein du Sénat autant que de l'Assemblée Nationale, ils ont voté la plupart des lois sur lesquelles le Gouvernement aurait pu être en difficulté. De même, ils ont rejeté toutes les censures, sauf celle sur le CPE où une partie des élus UDF ont voté contre... Quelques élus mais pas suffisament pour mettre en péril un gouvernement dans lequel il y a toujours eu un ministre UDF...

Sans revenir sur ma note précédente à son sujet, la question de son positionnement après les élections présidentielles, et en particulier pour les Législatives, est importante aussi. Surtout en cas de victoire de sa part (qui est possible si il se qualifie pour le second tour). Avec qui gouvernera-t-il? Avec son battu du second tour? Avec celui qui aura été battu au 1e tour (ce qui serait presque le plus logique)? L'expérience de 2002 nous a montré que l'on ne peut pas faire confiance aux élus quand ils nous disent qu'ils gouverneront autrement, qu'ils recomposeront l'espace politique. Il faut bien y penser avec de voter Bayrou : Bayrou n'est pas de Gauche, il n'est pas du Centre : il est de Droite. Sans parler de tous les exécutifs ou presque où l'UDF gouverne (ou s'oppose) avec l'UMP. Demain, les élus de terrain ne basculeront pas du jour au lendemain de l'autre coté.

Le socle de l'UDF, qu'il soit au niveau des militants ou des élus, c'est la démocratie chrétienne. C'est à dire, pour la plupart, des notables et/ou des gens pour qui la Gauche, c'est l'Oeil de Moscou... Des gens pour qui les méthodes d'éducation idéales, ce sont celles de nos grand'parents. Des gens pour qui, quand les choses étaient claires entre bourgeois et peuple, c'était mieux avant...

Un projet "ambitieux" et "de gauche"
On n'entend pas trop Bayrou sur son projet présidentiel. Faut dire qu'il est trop occupé à dire que les médias ne lui donnent pas la parole. Toutefois, sur son site Internet, il y a quelques idées issues d'interviews ou d'interventions qu'il a pu faire. Je n'ai pas regardé tous les topics, mais quelques emblématiques nous permettent de sortir deux grandes lignes de son projet actuel : il est clairement immobiliste (pas trop de changement) et clairement pas à gauche... Pour quelqu'un dont le diagnostic après 5 ans de gouvernement de droite est que les choses ne vont pas bien en France, voilà un positionnement un peu ambigu.

Sur l'environnement, il n'y a pas grand'chose. Sinon qu'il a signé la Charte fourre-tout de Nicolas Hulot. Cela dit, il se dit clairement favorable à une taxe carbone, mais elle est "très importante et difficile à mettre en place". Et donc dans ce cadre, il propose de l'instaurer avec un préavis "pour avoir une idée de l’évolution de cette taxe."  Voilà la première et la plus forte des propositions de Bayrou sur l'Environnement!!! Avec ça, on va changer les mentalités et sauver la Planète. Je pense que même le programme de Sarko, voire de Le Pen sont plus volontaristes dans ce domaine.

Un autre champ où j'attendais sa position. En effet, Bayrou, comme je le dis plus haut, ce n'est en général pas tellement les avancées sociétales. Sur l'adoption par des couples homosexuels, que nous dit il? A t il vraiment évolué vers une plus grande modernité dont il parle si souvent. Il part déjà d'un constat : Aujourd'hui, en France, quelque 300 000 enfants sont élevés par des couples homosexuels. Il propose de créer un lien de reconnaissance de la compagne ou du compagnon qui partage la vie de l’enfant, participe à l’élever. Par contre, il n'est clairement pas favorable à l'adoption plénière "car l'adoption, c'est la filiation, et ce serait donc accepter qu'un enfant ait deux pères, ou deux mères, ce qui pose un problème." par contre, l'adoption simple, ça pourrait lui aller. Bref, il a au mieux 10 ans de retard sur la gauche sur le sujet de la reconnaissance de la réalité homosexuelle et ses idées sur le mariage homo sont, dans le même ordre d'esprit, en deça du PACS actuel.

Mais le plus beau est à venir. Me souvenant (grace à son site), qu'il a été ministre de l'Education (celui qui avait réussi à mettre 1 milllion de personnes dans la rue en tentant d'avantager le Privé sur le Public), je me dis : Chiche, allons voir ce qu'il propose pour la Laïcité... Alors, la laïcité, pour Bayrou, ça ne concerne que l'Islam... C'est impressionnant. Pour lui, l'attachement à la laïcité, c'est simplement sauver les jeunes filles du foulard!! Rien sur les autres religions (logique, je vous rappelle que son fond de commerce, c'est aussi la démocratie-chrétienne). Non, aujourd'hui, ce qui menace la laïcité en France, c'est l'Islam. Je n'ai pas encore eu l'occasion de m'exprimer sur le voile ici (en deux mots, pour moi, faire porter le voile à une femme en France est une insulte faite aux femmes et le porter volontairement est une insulte faite aux femmes opprimées. Ce n'est pas en deux mots que je peux me justifier, mais je suis loin de la mouvance gauchiste qui aime bien Ramadan). Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, la Laïcité et la République ne sont pas seulement menacées par les copains de Sarkozy de l'UOIF, mais aussi par tout un tas de groupes communautaristes, y compris chrétiens.

Enfin, un dernier mot sur les impots. Outre le fait qu'il pense qu'il faut réformer l'ISF (mais sans le supprimer contrairement à Sarko), son plus beau fait d'armes de gauchiste, c'est sur la Taxe Tobin... Si, si, il en parle... Pour qu'on l'étudie (pour en avoir le coeur net)!! Même Chirac est plus à gauche que lui sur le sujet!!!

Bref, ne nous trompons pas : Bayrou est de droite, ses élus sont de droite, son électorat est de droite aujourd'hui. Une personne de gauche peut préférer Bayrou à Ségolène, c'est son droit. Il y a toutefois des différences sensibles entre les deux et personnellement, une personne qui se dit de gauche et qui aura voté Chirac (au 2e tour en 2002) et Bayrou en 2007, soit il ne comprend rien, soit il a suffisament changé pour ne plus être de gauche. Ce n'est pas un diplome en Gauchitude que je remets là, c'est un simple constat que les idées sont une chose, les faits en sont une autre...

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18 janvier 2007

Unissez vous, unissez vous qu'ils disaient

François Bayrou, l'homme qui se plaint du traitement bipolaire de la campagne, l'homme qui ne croit pas les sondages (quand ils le donnent à 8%), était ce matin l'invité de Question Directe sur France Info. Un rendez vous court (5 à 7 minutes).

A la question "Que pensez vous du sondage qui vous met, troisième à 12%?", l'homme du centre et du Béarn commence par dire que c'est une bonne nouvelle (tiens, il y croit), même si il s'en méfie (ah bon, quand même). Et il embraille sur le traitement bipolaire de la campagne. Bref, alors que personne ne lui demandait rien à ce sujet, le voilà qui parle de ces deux concurrents, de la nécessaire rupture avec l'alternance... Comprenne qui pourra... Ou alors c'est une posture bien pratique.

Ensuite, il déborde et cite l'Allemagne où la volonté des électeurs a obligé les deux grands partis à s'entendre pour une union nationale... Vu le système électoral allemand, je doute que la volonté des électeurs ait été ouvertement de faire naitre une union nationale!! Par contre, je crois profondément que les élections allemandes sont un exemple de plus d'une bipolarisation accrue et serrée de la société occidentale. Italie, USA 2000 et 2004, Espagne, Allemagne, Autriche, j'ajouterais même France 2002 (où les 3 premiers candidats sont dans un mouchoir). A chaque fois les élections sont très serrées et suivant les systèmes électoraux donnent le pouvoir à l'un, l'autre et les deux camps. Rien à voir avec une volonté des électeurs, mais au contraire, symbole d'une bipolarisation importante de la société occidentale.

Voilà pourquoi le modèle d'union nationale de François Bayrou ne peut pas fonctionner en France. Parce que le bipartisme est trop important, parce que le centre a toujours été à droite (sauf quelques électrons libres en 88 après l'élection de Mitterrand), parce Bayrou président, c'est la droite qui gouvernera. Et surtout, parce que si UMP + PS + UDF sont impliqués dans un gouvernement d'union nationale, c'est, vu la situation de la France aujourd'hui, un tapis rouge déroulé devant le Front National pour les élections suivantes. Parce que le FN est une composante importante et originale du paysage politique français. Et qu'elle apparait, malheureusement, comme une force d'alternance crédible pour un certain nombre de nos concitoyens.

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